Plateau d'Awalé en bois sculpté avec graines, jeu de stratégie africain millénaire

Douze cases creusées dans un plateau de bois. Des graines ou des cailloux. Des joueurs qui calculent, anticipent, redistribuent. En apparence, c’est simple. En réalité, c’est l’un des jeux de stratégie les plus profonds qui existent. Les mathématiciens ont prouvé que l’arbre des possibilités de l’Awalé est d’une complexité comparable aux échecs. Et il est né en Afrique il y a peut-être 7.000 ans.

Une origine africaine millénaire

Les plus anciens plateaux d’Awalé retrouvés par les archéologues datent de plusieurs millénaires. Certains ont été découverts en Éthiopie, d’autres en Égypte. Le jeu s’est répandu à travers l’Afrique subsaharienne et le monde arabe, puis avec la traite des esclaves dans les Caraïbes et les Amériques. On le joue aujourd’hui sous des centaines de noms différents (Mancala en anglais, Oware au Ghana, Awalé en Côte d’Ivoire, Bao en Tanzanie) mais les principes de base restent les mêmes depuis des millénaires.

Cette continuité est extraordinaire. L’Awalé a traversé des empires, des conquêtes, des bouleversements civilisationnels. Il a survécu parce qu’il est fondamentalement bon. C’est un jeu qui engage l’intelligence, favorise la concentration, développe la pensée stratégique, et qui se transmet d’une génération à l’autre avec une facilité déconcertante.

La renaissance design

Ce qui est nouveau, c’est la façon dont l’Awalé est arrivé dans les maisons des amateurs de jeux de société du monde occidental. Des créateurs africains, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Sénégal, ont développé des versions premium du plateau : bois noble, finitions soignées, packaging élégant, règles en plusieurs langues. Des objets qui sont à la fois des jeux et des objets décoratifs, qui peuvent être offerts en cadeau ou exposés dans un salon.

Ces versions design sont distribuées dans des boutiques spécialisées en Europe, aux États-Unis, au Japon. Elles ont remporté des prix dans des salons de jeux à Essen et à Paris. L’Awalé est devenu un produit d’exportation culturelle africaine qui n’a pas besoin de se justifier ou de s’expliquer. Il se vend parce qu’il est beau et parce qu’il est excellent.

Jouer africain autour d’une table

C’est du soft power africain à l’état pur, silencieux, profond, et infiniment efficace, le fait que des familles à Tokyo, à Berlin ou à São Paulo s’assoient autour d’un plateau d’Awalé et jouent à un jeu qui existait déjà quand les premières pyramides se construisaient.