
La grand-mère est venue rendre visite depuis Abidjan. Elle a apporté dans ses bagages, en plus des épices et des pagnes, un plateau d’Awalé en bois. Le soir, autour de la table du salon parisien, elle explique les règles à ses petits-enfants nés en France. Ces enfants qui ne parlent pas parfaitement le dioula ou le baoulé, mais qui comprennent les règles du jeu plus vite qu’elle ne le pensait. Le jeu fait ce que les mots ne font pas toujours.
La transmission par le jeu
La diaspora africaine en Europe et en Amérique du Nord fait face à un défi que toutes les diasporas connaissent : comment transmettre la culture d’origine à des enfants nés et élevés dans un autre contexte ? La langue se perd, ou se simplifie. Les références culturelles s’estompent. Les liens avec les familles restées au pays se distendent avec le temps.
Les jeux traditionnels africains sont l’un des vecteurs de transmission les plus puissants et les plus naturels. Un plateau d’Awalé ne demande pas de traduction : les règles s’apprennent en jouant, les stratégies se transmettent de joueur à joueur. Un enfant franco-ivoirien qui apprend à jouer à l’Awalé avec son grand-père apprend en même temps quelque chose de plus profond : qu’il appartient à une tradition, à une histoire, à un continent.
Des jeux africains dans les foyers du monde entier
Les plateformes de commerce en ligne ont facilité l’accès aux jeux africains dans la diaspora. Des boutiques spécialisées en Afrique expédient maintenant leurs créations dans le monde entier. Des familles commandent en ligne des versions premium d’Awalé, de Senet, ou de jeux africains contemporains pour les offrir à leurs enfants à Noël ou pour les anniversaires. Un marché qui n’existait pas il y a dix ans et qui grandit rapidement.
Ce marché a une dimension culturelle et affective que les acheteurs ne rationalisent pas toujours. Ils achètent un jeu, mais ils achètent aussi un lien, une appartenance, un cadeau qui dit quelque chose d’important sur qui ils sont et d’où ils viennent.
Jouer africain, partout dans le monde
Des familles africaines dispersées aux quatre coins du monde qui jouent aux mêmes jeux que leurs ancêtres. À Paris, à Toronto, à Sydney, à São Paulo, le même plateau, les mêmes graines, les mêmes stratégies. Une connexion qui traverse l’espace et le temps. C’est la force d’une culture vivante.
