
Les statistiques du monde du jeu de société sont éloquentes : moins de 20% des jeux de société publiés dans le monde ont une femme parmi leurs créateurs principaux. En Afrique, le chiffre est encore plus faible. Mais il monte. Des femmes africaines créent des jeux, les financent, les publient, les exposent dans des festivals internationaux. Et elles le font avec une vision qui enrichit profondément le secteur.
Des jeux qui racontent d’autres histoires
Ce que les femmes créatrices africaines apportent au monde du jeu de société, c’est d’abord des perspectives nouvelles. Des jeux dont les héros sont des femmes africaines. Des jeux dont les mécaniques s’inspirent de pratiques culturelles féminines comme les tontines, les rites de passage, les marchés. Des jeux qui interrogent les représentations habituelles et proposent autre chose.
Une créatrice sénégalaise a développé un jeu de rôle dont les personnages principaux sont toutes des femmes (guerrières, guérisseuses, marchandes, diplomates) dans un univers inspiré des royaumes médiévaux d’Afrique de l’Ouest. Une créatrice kenyane a créé un jeu de coopération inspiré des groupes de femmes qui s’entraident dans les communautés rurales. Ces jeux existent parce que des femmes ont décidé de les créer.
Les obstacles spécifiques
Créer un jeu de société en Afrique, c’est déjà difficile. Le faire en tant que femme, c’est souvent affronter des obstacles supplémentaires : des investisseurs qui doutent, des partenaires qui sous-estiment, des festivals qui sur-représentent les créateurs masculins. Ces obstacles ne sont pas africains spécifiquement, ils sont universels dans le monde du jeu. Mais en Afrique, ils se superposent à d’autres défis structurels.
Les femmes créatrices de jeux africaines que nous avons rencontrées partagent toutes la même stratégie : ne pas attendre la permission. Créer d’abord, prouver ensuite. Trouver les ressources là où elles sont, notamment dans le crowdfunding, dans les subventions culturelles, dans les partenariats avec des organisations de développement du secteur culturel. Et ne jamais s’excuser d’exister.
Un mouvement en formation
Un réseau informel de femmes créatrices de jeux africaines se constitue à travers les réseaux sociaux, les festivals de jeux, les conférences de l’industrie créative africaine. Ce réseau s’entraide, se partage des ressources et des contacts, et revendique une visibilité que le secteur ne lui accorde pas encore spontanément.
