Ozwald Boateng, tailleur ghanéen, dans son atelier de Savile Row

Savile Row est une rue de Londres de quelques centaines de mètres à peine. Mais dans le monde de la mode masculine, elle est une institution. Les plus grands tailleurs britanniques y ont leurs ateliers depuis des siècles : Henry Poole, Gieves & Hawkes, Norton & Sons. Ce sont les maisons qui ont habillé Winston Churchill, les Beatles, les acteurs de James Bond. Et depuis la fin des années 1990, il y a aussi Ozwald Boateng. Premier tailleur noir de Savile Row. Ghanéen. Révolutionnaire.

Un gosse de Londres avec des racines ghanéennes

Ozwald Boateng est né à Londres de parents ghanéens immigrés. Il a grandi entre deux cultures : la rigueur britannique et la flamboyance colorée de la culture ghanéenne. Cette double appartenance se retrouve dans tous ses costumes : la coupe est impeccable, traditionnellement savilienne dans sa structure. Mais les couleurs sont éclatantes, les doublures surprenantes, les détails inattendus. Un costume Boateng dit à la fois « je maîtrise les codes » et « je les transcende ». C’est précisément cette synthèse qui l’a rendu irrésistible pour une clientèle qui cherchait autre chose que la sobriété grise des tailleurs traditionnels. Des personnalités comme Will Smith, Jamie Foxx, Idris Elba ont porté du Boateng. Ce n’est pas un hasard. Ses costumes font quelque chose que peu de tailleurs font : ils donnent à leurs porteurs l’impression d’être vraiment eux-mêmes.

Ouvrir la porte de Savile Row

Quand Ozwald Boateng a ouvert sa première boutique sur Savile Row en 1995, le premier tailleur noir dans l’histoire de la rue, c’était un acte de courage autant qu’une décision commerciale. Le milieu était fermé, conservateur, peu habitué à voir quelqu’un qui lui ressemblait travailler à son niveau. Il a tenu. Il a prospéré. Et il a ouvert une porte pour d’autres créateurs de la diaspora africaine qui rêvaient d’accéder aux institutions de la mode mondiale.

L’héritage qui dure

Ozwald Boateng a aussi lancé des projets de mentorat et de développement de la mode africaine, convaincant que la révolution qu’il a initiée à Londres doit aussi avoir lieu sur le continent.